Jerry Lewis : Le 7ème « Art » est-il voué à disparaitre ou à se transformer ?

Dans ce plaidoyer pour l’amour tout autant que pour l’humour de 1963 intitulé  » Docteur Jerry and Mister love (the nusty professor), une fois n’est pas coutume, l’exubérant, l’inventif et le génie d’acteur feu feulé à tout faire Jerry Lewis, nous éblouit par un jeu et une personnalité sans pareil que beaucoup lui copierons sans faire mouche.

Ce film, digne de ces fabuleux cartoons où rien n’est laissé au hasard, va droit au but, tel que les américains en avaient le secret. Le théâtre au service du cinéma est encore la preuve que les meilleurs films s’exécutent comme sur des planches : rigueur, style, improvisation, savoir faire, professionnalisme et gaieté sont la clé de tout, mais le talent lui vient d’une autre planète !

Dans ce conte humoristique décapant, l’acteur et producteur aux succès non démentis et pour cause, ne failli nullement à sa réputation corrosive, n’en plaise à la pensée unique ambiante pro-ringards : L’intelligence et l’humour font souvent bon ménage.

En passant d’un burlesque acéré aux drôleries impromptues et autres comiques de situation ou quiproquos, ce docteur Jerry and Mister love aux accent sixties et rockabilly de circonstance, explore les contradictions d’une société puritaine et de sa jeunesse insouciante, désinvolte et influençable en proie aux chamboulements de la modernité et de la science au service de la mode et de l’identification de masse, (les lobbys du tabac s’en donnent à cœur joie).

Ici tous les degrés en prennent pour leur grade. il n’y aura aucun jaloux, hormis pour les vulgaires : n’en déplaisent aux bouffons à la solde de la médiocrité tricennale.

RETRO JERRY LEWIS – 1963 – FILM « DOCTOR JERRY AND MR. LOVE »

Ce professeur de physique-chimie en manque de confiance, maladroit et coincé comme ou clou, est soudainement épris de l’une de ses étudiantes. Ne sachant comment lui plaire, alors qu’il lui plait déjà, ce dernier prend la folle décision d’opérer une transformation génétique via une potion de son cru. Une sorte de crooner mi Elvis Presley, mi Franck Sinatra  voit alors le jour comme par magie : les prémices de la chirurgie esthétique pour rebuts de salles de sport et complexés en tout genre.

Docteur Jerry ne s’accepte pas tel qu’il est, ce qui est somme toute compréhensible au premier abord étant donné le poids de la société, mais la fable se nourrit d’extrêmes pour viser juste.

Le « sortilège » faisant son effet, c’est toute l’université qui est transformée du jour au lendemain. Du directeur en passant par la secrétaire, tout le monde tombe sous le charme de ce Mister love inconnu, doué d’un tallent inégalé pour la musique, devenu en un soir, la coqueluche des jeunes et des moins jeunes recherchant un nouveau souffle de vie.

La belle étudiante tant convoitée par l’hurluberlu est désormais sous son emprise, mais ne l’était elle pas déjà de son professeur ? Cependant, le manque de confiance en soi et le regard des autres ont eu raison du professeur maladroit ; « heureusement » pour lui et tout ce beau monde, sa potion voit porter des fruits limités dans le temps, ce qui a vite fait de poser quelques problèmes bien venus et totalement hilarants à notre cher et tendre professeur Jerry : verdict Lewis !

Le cinéma actuel, depuis ces 30 dernières années « souffre » d’une médiocrité sans égale qui n’a strictement rien à envier aux films dits « anciens » et bien au contraire. Ces derniers commencent à devenir le refuge de ce qui ne se fait plus pour tous ceux qui possèdent encore un cerveau en état de fonctionnement normal. Toute la technologie actuelle qui aseptise nos écrans de limpidité en nous rapprochant toujours plus des acteurs et des paysages dans une sorte de virtualité sans cesse renouvelée, n’a en fait d’égale que la limpidité d’un néant absolu au service du chiffre et du contrôle des masses, nous donnant l’illusion d’un renouveau et d’une qualité de fond et de forme, alors qu’il n’en est rien. A voir l’explosion de l’offre d’écrans tv en tout genre parallèlement aux films où la technologie numérique et ses effets spéciaux dépourvus d’âme, la violence et la vulgarité ont enterré la finesse, la subtilité, la poésie et l’authenticité des passions nourrissant l’âme humaine, en un mot : l’Art. Les spectateurs, désormais habitués aux écrans plats et aux cerveaux tout autant aplatis par tant de débilités, continuent de gober les mouches assis dans leur fauteuil et zappent à la moindre présence de pellicule cinématographique granuleuse. La transformation positive d’autan visant l’éveil est aujourd’hui devenu une transformation négative d’abrutissement. La masse a de beaux jours devant elle, mais parait il qu’elle doit être contrôlée et transformée coûte que coûte.

Elran Valceka

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